mercredi 16 juillet 2014

Radiographie de la méthanisation en France.

Le développement de la méthanisation en France ne sera pas celui des discours volontaristes des élus, qui ressemblent dans ce domaine bien plus à de l’activisme gesticulatoire qu’à la mise en pratique de mesures concrètes.
En effet pour méthaniser il faut trois conditions essentielles réunies en même temps. Le débouché de l’énergie et du digestat, l’approvisionnement en intrants et le capital à investir.
Pour le débouché de l’énergie il existe deux possibilités que sont la production d’électricité ou de gaz. Dans le dernier cas il faut un réseau en capacité d’absorption suffisante à proximité de l’unité de méthanisation et être capable de produire du gaz de qualité et on le sait maintenant la voie sèche discontinue n’est pas la mieux adaptée pour cela. Ce qui de fait élimine une grande partie des régions françaises qui produisent davantage de fumier que de lisier, ce dernier étant essentiellement restreint à la Bretagne. Pour la production d’électricité la condition en France est de valoriser la chaleur en plus de l’électricité. Il y aura toujours par ci par là quelques serres, séchage de bois, piscine ou autres installations à chauffer mais pas en quantité suffisante pour écluser la chaleur qui ira avec le développement voulu de la méthanisation.
Ensuite il faut valoriser les digestats et se posera l’énorme problème des digestats provenant de déchets ménagers, boues de station d’épuration ou tout autre déchet industriel. Les filières agroalimentaires refusent désormais dans leur cahier des charges la production de céréales sur des parcelles ayant reçue ce genre d’épandage. De plus la directive nitrate et la réglementation française restreignent considérablement les conditions d’épandage dans le milieu naturel. On connaît désormais des projets d’unité de méthanisation qui ne verront pas le jour faute de plan d’épandage.
L’approvisionnement en intrants est aussi la clé de la construction d’une unité de méthanisation et là encore la France s’attache un boulet aux pieds en limitant la production de cultures dédiées. Or les déchets industriels méthanisables font déjà pour la plupart l’objet de contrat de récupération par les majors en matière d’élimination des déchets qui ont bien compris là le filon rentable.
De plus il ne faut pas s’imaginer que la ressource est inépuisable et lorsque deux ou trois gros projets portés par des industriels verront le jour par département on peut penser que la source sera tarie.
Le gros du gisement pourrait être les déchets agricoles sur les fermes type fumier ou lisier mais ayant un faible pouvoir méthanogène.
Enfin il faut pour réussir un projet de méthanisation du capital, beaucoup de capital et si les banques prêteront environ 60% de la somme sur un projet viable il n’en reste pas moins qu’il faut trouver les 40% restants. Et plus le projet est important plus les sommes sont importantes.
On parle souvent de l’Allemagne en matière de méthanisation, mais la différence  avec la France c’est que ce premier a décidé d’arrêter la production d’électricité par le nucléaire et de tout reporter sur les énergies renouvelables dont la méthanisation. Mais pour réussir ce challenge l’Allemagne ne s’est mis aucune contrainte ! Aucune contrainte en matière de production de cultures dédiées, un rachat de l’électricité élevé sans tenir compte de la chaleur, des normes d’injection gaz très souples et peu contraignantes etc…
Comme d’habitude en France lorsqu’on veut développer de nouveaux projets, on commence par limiter toutes les possibilités, encadrer au maximum par une réglementation démesurée en espérant que malgré cela le développement soit démesuré, mais si possible sans gagner trop d’argent non plus…
La méthanisation va sans doute se développer en France, mais il y aura beaucoup de projets et beaucoup moins de réalisations faute des conditions ci-dessus réunies. La meilleure preuve est le grand chamboulement qui a commencé avec le rapprochement des bureaux d’étude et sociétés qui construisent ces unités qui d’ici trois ou quatre ans ne seront qu’une dizaine en France faute d’avoir pu toutes, et elles sont nombreuses, porter des projets viables en nombre

1 commentaire:

hervé gustin a dit…

bravo pour cette analyse extrêmement réaliste de la méthanisation! beaucoup de travail et de nuits blanches pour les agriculteurs porteurs de projets! l'agriculture de groupe sera certainement un des vecteurs de développement de cette technologie. En espérant que l'intérêt commun l'emporte sur les intérêts particuliers! Hervé