dimanche 6 mars 2022

la e-lettre de février du conseiller régional

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A la veille d'une crise alimentaire mondiale

 

Je vais vous parler de crise alimentaire.

La guerre en Ukraine précipite une situation qui de toute façon serait arrivée très vite.

En effet la crise COVID en perturbant la vie économique avait déjà commencé son œuvre de déstabilisation des marchés alimentaires.

Qu’est-ce qu’un marché alimentaire ? C’est toute la filière et l’ensemble des démarches pour arriver au produit final qui sert de nourriture à l’homme sur terre, considérant que l’homme est un omnivore. L’ensemble de la filière c’est l’agriculture c’est-à-dire, la semence, ses capacités de croissance, le machinisme qui remplace la force animale et humaine, la récolte, les stockages et transports qu’on appelle manutention, la transformation et le commerce tout au long de la chaine. C’est bien sûr tout cela encadré par l’intelligence humaine.

La crise COVID a donc perturbé toute cette chaine soit par défaut de moyens de production parce que les usines se sont arrêtées (engrais, machinisme..) parce que les coûts de production, manutention, transformation, ont bondi sous l’augmentation du coût de l’énergie, raréfiant tous les éléments de la chaine économique et en conséquence augmentant son prix de revient. La crise COVID a accrue aussi la volonté des pays dépendants d’autres pour leur alimentation, à réduire cette dépendance en augmentant les stocks par l’achat de denrées alimentaires plus que d’ordinaire, on a immédiatement vu l’effet sur l’augmentation du prix des matières premières. Bien sûr cela créé un déséquilibre mondial car seuls peuvent le faire ceux qui ont la trésorerie pour, la Chine, l’Asie et les pays pétroliers du Moyen-Orient.

La guerre récente en Ukraine multiplie encore ce facteur de crise alimentaire car en quelques années et par de très gros investissements la Russie et l’Ukraine sur leur partie sud sont devenus les premiers exportateurs mondiaux de blé, de tournesol et en moindre quantité de maïs représentant 30% du commerce mondial, se substituant à l’Europe qui a fait le choix de la baisse de production. Sans doute Poutine a des velléités stratégiques de rapport de force, mais bien plus encore de posséder l’arme alimentaire par la production et le commerce avec le port Ukrainien d’Odessa un des plus importants au monde pouvant charger de très gros bateaux (panamax) en eaux profondes. L’Ukraine dans sa quasi-totalité et la Russie dans sa partie frontalière sud-ouest disposent du potentiel de production le plus fort au monde par la qualité de ses terres les tchernozioms.

A ce jour 6 millions de tonnes de blé en stock sont bloqués en Ukraine et Russie dont la destination était l’Afrique du Nord (Egypte, Algérie, Maroc...) qui disposent de quelques semaines de stocks pas plus, mais surtout qui n’ont pas les moyens d’acheter du blé qui est passé de 200€/T à 400€/T en quelques mois. Le blé reste la base de l’alimentation mondiale suivi du riz, la Chine est le premier producteur mondial de blé mais très insuffisamment pour nourrir sa population.

La France produit chaque année environ 40 millions de tonnes dont la moitié pour son utilisation nationale et l’autre moitié à l’export, l’Europe et aussi l’Afrique du Nord. Fin février la France dispose d’environ 3 millions de tonnes de stock, donc très loin de pouvoir satisfaire le besoin d’Afrique du Nord mais c’est sans compter le besoin du reste du monde. Le prix de la tonne de blé reflète bien la pénurie mondiale, même avec les USA, l’Argentine, le Canada ou l’Australie les autres grands pays producteurs.

Une pénurie de blé sur l’Afrique du Nord et l’Asie du Sud-Est aura pour conséquence de forts mouvements de révoltes des populations, en ce qui concerne l’Afrique du Nord il faut s’attendre à de forts mouvements migratoires vers l’Europe.

En outre la Russie est un des principaux pays producteurs d’engrais grâce à son gaz et donc ce marché est en pénurie complète, difficile d’acheter des engrais et leur prix en un an est passé pour le principal qu’est l’Urée de 180€/T à 700€/T. Pour bien comprendre un blé sans engrais peut produire naturellement en bonnes conditions 4T/ha, avec de l’engrais 8 à 10T/ha. Pour le blé cette année en France, il ne devrait pas y avoir de problème car les stocks sont là, mais quid de l’an prochain ou des cultures qui seront semées au printemps. La France là encore a fait le choix de fermer presque toutes ses usines d’engrais au profit de la Russie, l’Egypte et la Chine.

C’est sans compter avec le climat, imaginons des sécheresses comme en 2018, 2019 et 2020 c’est 40% de rendements en moins. La France sous la pression des écologistes combat le principe de stocker l’eau abondante en hiver pour s’en servir l’été donc impossible de pallier aux sécheresses. Jusque là on importait ce qui manquait, c’est-à-dire qu’on importait l’eau qui a servi à produire les cultures, surtout les fruits et légumes très gourmands en eau, mais dans ce marché mondial très perturbé une sécheresse pourrait faire craindre le pire.

En résumé à ce jour, aucune crainte sur notre alimentation par-contre une très forte hausse des prix à attendre sur les produits finis d’autant plus qu’ils seront transformés. Dans une baguette de pain à contrario vu que le blé représente 2% du prix, il n’y a aucune raison d’une augmentation, le doublement du prix du blé revient à augmenter de 0,02€ par baguette.

A moyen terme, il faut se rappeler qu’on ne récolte en agriculture une seule fois par an, le manque d’engrais risque d’entraîner des répercussions sur les cultures qui vont être semées au printemps (maïs, tournesol, pommes de terre, sorgho…) et l’hiver prochain si les difficultés d’approvisionnement perdurent sur les céréales d’hiver pour l’Europe. Par-contre il faut s’attendre à une chute de production des céréales sur l’Ukraine et la Russie, cette campagne car il sera difficile de récolter et pour la récolte suivante car il sera difficile de semer, je rappelle un déséquilibre à prévoir de 30% du commerce mondial, une paille.

A long terme il faut augmenter en Europe notre souveraineté alimentaire, cela passe par un changement de paradigme de la PAC qui prévoit une baisse de la production, l’activation de nouvelles technologies sur les plantes afin d’être capable de les faire pousser avec moins engrais et avec une résistance à la sécheresse et aux maladies, la robotisation et la numérisation pour pallier au manque de main d’œuvre et le stockage de l’eau pour contrer le changement climatique.

Certaines thèses écologistes occidentales, portées par des militants le ventre plein, prônent le malthusianisme, c’est-à-dire la régulation naturelle de la population en fonction des crises, c’est sans moi, ou alors qu’ils nous montrent l’exemple.

Conclusion : l’abondance de nourriture et sa variété subventionnées très largement en Europe ont fait oublier trop vite que des épidémies ou des guerres pouvaient faire craindre des crises alimentaires mondiales, il convient en Europe de retrouver au plus vite sa souveraineté alimentaire par l’emplois de techniques innovantes et de produire au maximum du potentiel pour nourrir en partie les populations des pays sans agriculture du fait de leurs conditions naturelles, en cas de défaut les guerres pourvoiront au déficit alimentaire à celui qui sera le plus fort.

L’alimentation, l’eau, l’agriculture sont des vecteurs de paix, il ne faudra jamais l’oublier.  

jeudi 3 mars 2022

Le SDAGE a été voté, 3,6 milliards € voués au gaspillage d'argent public.


 Mon discours:

Mesdames et messieurs le 22 octobre 2020 était adopté le projet de SDAGE par une faible majorité de 49% des voix, tandis que tous les autres bassins adoptaient leur projet de SDAGE à plus de 70%.

Il faisait pourtant l’objet d’un gros travail en amont, de la part de différentes commissions dont celle de la planification et d’une consultation importante de tous les acteurs de l’eau du bassin.

Cette majorité obtenue grâce à une forte abstention, prouvant une faible adhésion à ce projet aurait dû alerter tous ceux qui en charge de l’élaboration du SDAGE faisaient fausse route.

Je veux parler bien sûr du secrétariat technique de bassin dans toutes ses composantes et tous ceux en charge de la constitution de l’état des lieux et des propositions des mesures à prendre dont il était clair que dans sa majorité le comité de bassin n’adhérait pas à leurs thèses.

La cause en revient principalement au SDAGE précédent qui n’a semble-t-il rien résolut, l’état des lieux 2019 est formel, 27% des cours d’eau étaient en bon état écologique en 2013, ils ne sont plus que 24% en 2019.

Lorsqu’une politique ne marche pas l’intelligence est d’en changer, surtout vu son coût j’y reviendrai plus loin.

Ainsi fort d’un projet auquel une majorité n’adhère pas, la procédure pour arriver à aujourd’hui voudrait que l’on consulte et là aussi le bon sens voudrait qu’on écoute tous ceux qui ont un avis à donner, surtout ceux qui ont un avis différent puisque le passé nous rappelle que les résultats sont mauvais.

Mais rien n’y fait, la consultation est certes faite dans le respect de la procédure, on écoute mais on n’entend pas.

Aucune prise de conscience ou de mise en perspective des différents avis, l’expression du militant associatif, du citoyen moyen, souvent nourri par l’encyclopédie universalis Facebook a autant de poids et parfois davantage qu’un élu représentatif de centaines, de milliers ou de millions de personnes, pas plus d’ailleurs que l’usager économique dont ses techniciens travaillent à des avis basés sur la recherche et la science.

Il existe même des études faisant loi sur le bassin, portées par des établissements publics, mais dont on se sert pour caler les pieds des bureaux des rédacteurs du SDAGE. 

L’activité humaine, l’économie, l’aménagement du territoire sont autant de gros mots dans un processus où le dieu de l’écologie punitive fait parvenir ses encycliques par la voie de ses prophètes, prônant la décroissance et le malthusianisme.   

Ne cherchez pas vous ne trouverez dans ce document d’orientation aucune référence à l’économie.

Alors que dans le projet de SDAGE il est écrit que l’avis doit être ascendant, on fait fi de l’avis des SAGE, celui que je préside comme les autres, la science infuse est à Orléans, y siège le pouvoir suprême d’orientation du bon courant pour les territoires, en estimant pour ceux-ci bien heureux de recevoir quelques subsides pour contrer les responsabilités de ces mauvais résultats, dont ces mêmes territoires sont forcément responsables.

Et on persiste dans la mauvaise direction puisque le projet de SDAGE présenté ce jour avoue lui-même que 79% des cours d’eau, 80% des plans d’eau, 46% des nappes, 67% des estuaires, risquent de ne pas atteindre le bon écologique en 2027, on imagine même déjà un régime dérogatoire.

C’est normal puisque ce SDAGE maintient le cap sur la continuité du précédent.

Le SDAGE est un document d’orientation, c’est l’article L121-2 du code de l’environnement, mais en Loire-Bretagne on innove en lui ajoutant des déclinaisons, ce qui transforme le SDAGE en énormes documents contraignant, parce que l’administration lorsqu’elle a un problème en France dispose du pouvoir magique de la loi, du règlement, des prescriptions, des circulaires et des mises en compatibilités dont on voit aujourd’hui au niveau local comme au niveau national l’efficacité, menant à la continuité Eco sclérosante vers la dégradation des milieux normatifs.  

Et le SDAGE Loire-Bretagne est un modèle du genre, il dépasse de loin tous ses homologues, 786 pages en trois tomes dont l’objectif premier est que chaque citoyen puisse se l’approprier.

Je vous livre une phrase type p76 du Tome 1 :

Par ailleurs, d’autres substances dites ubiquistes correspondent à des polluants persistants, bioaccumulables,toxiques et multisources s’avérant omniprésents dans l’environnement à savoir : les diphényléthers bromés,le mercure, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS),les dioxines, l’hexabromocyclododécane, l’heptachlore et le tributylétain.Des actions de réduction efficaces sont alors difficiles à mettre en place concernant ces deux catégories de substances mais devront être étudiées dans la mesure des techniques économiquement acceptables dès lorsqu’un rejet est identifié.

On sent tout de suite que Mme Michu ou M. Martin va très vite pouvoir s’approprier l’idée de ce texte, et ce n’est pas un exemple isolé.

Je vous la traduis en français moyen : Lors de la présence de polluants persistants difficiles à éliminer, on cherchera la source et on essaiera de la réduire par des techniques économiquement acceptables.

Je n’irai pas plus loin sur le fond, lorsque l’orientation en vient à dicter l’usage des pratiques locales dans ses moindres détails, on se rapproche très rapidement de la dictature administrative, le SDAGE devient alors un document prescriptif qui s’adosse au code de l’environnement, qui l’amplifie, qui ne résoudra rien, mais qui justifiera le travail de tous ceux qui sont en charge de son élaboration et dans ce domaine comme dans d’autres on pourra dire fièrement pour se rassurer « en matière de gestion de l’eau on a pourtant tout essayé ».

La Loire coule depuis le Mont Gerbier des Joncs jusqu’à Nantes depuis des millions d’années, mais en continuant dans la même démarche, vous verrez qu’on finira par préconiser d’inverser son sens d’écoulement pour résoudre les problèmes, avec le même résultat connu par avance.

Le problème est que cela a un coût toutes ces déclinaisons et le SDAGE annonce la couleur, 3,6 milliards d’ici 2027, 10700 mesures pour ne pas atteindre les objectifs !

Je vous prends à témoin Mrs Mmes les usagers économiques, chefs d’entreprises, citoyens, mais aussi les élus représentant les collectivités de toutes tailles, qui d’entre vous auraient le courage d’établir des budgets de milliers, de millions, de milliards d’Euro, dont les ressources viennent des taxes et prélèvements sur nos concitoyens, dont par avance vous savez qu’il n’y aura pas de résultat ?

Qui peut décemment dans la situation économique de notre pays et de nos concitoyens décider de taxer des gens pour alimenter un puit qu’on sait sans fond ? Si le SDAGE est voté aurez-vous le courage de l’expliquer à vos électeurs ou mandant ? de répondre à la presse sur ce gaspillage d’argent public dont vous aurez participé à la décision ?

Au cours de la consultation nous sommes un certain nombre à avoir exprimé des idées différentes qui se résument en une seule, redonnons l’argent collecté aux collectivités locales qui savent mieux que personne bien employer cet argent pour tous les usages suivant leurs compétences, avec des orientations dont les résultats sont à portée des objectifs qu’on se fixe, qui allient économie avec une écologie de solutions.    

Je finirai sur la forme, le SDAGE a été élaboré par la commission planification dont je fais partie, où je me suis épuisé à ne jamais être entendu, mais surtout à passer du temps pour couper des cheveux en quatre, déplacer des virgules, changer un mot dans une phrase et principalement passer son temps à chercher dans le dictionnaire des synonymes.

Moins de 20% des élus inscrits à la commission planification étaient présents aux 7 journées de travail, que dis-je aux nombreuses heures de dissections scripturales, à l’élaboration de phrases dont je vous ai fait lecture, les élus ne sont ni des techniciens ni des académiciens, leur rôle est de décider pas de passer du temps pour torturer les textes, dans des agendas plus que serrés.  

Mais là où le bât blesse c’est que pour décider il faut aux élus les moyens de le faire et avoir la communication des éléments, être renseigné.  

Madame la Préfète j’ai cherché les comptes-rendus des commissions planification, encore tout à l’heure j’ai vérifié aucun compte rendu disponible, est-ce normal ?

On voit très bien que rien n’est fini ni clair, depuis lundi le service des instances ne cesse de nous envoyer des erratums, dont il est difficile de rapprocher des discussions en séance puisque justement nous n’avons pas les comptes rendus. On devine qu’en coulisse chacun s’agite pour que jusqu’au dernier moment ses intérêts soient pris en compte modifiant ainsi les textes arrêtés lors de la dernière séance de la commission planification.

Et puis les séances s’éternisant, la convocation pour la dernière commission planification dont l’objet était le vote définitif pour la présentation devant ce comité de bassin, n’a absolument pas respecté le règlement puisque le 4 février les membres présents en fin de soirée ont décidé entre gens de bonne compagnie de reporter ce vote au 9 février soit 5 jours plus tard alors que le règlement impose 15 jours avec convocation.

Cette infraction au règlement est grave dans un établissement de la République.

Le caractère d’urgence aurait pu être invoqué mais n’apparait pas sur la convocation et pour cause rien ne pourrait le justifier puisque les invitations au comité de bassin n’étaient pas envoyées.

Pas de compte rendu, le non-respect du règlement, des erratums sans pouvoir vérifier de leur bien fondé, 786 pages dont les effets nuls sont connus par avance, un bréviaire voué à la décroissance.

 Mesdames et messieurs, en élu de la république responsable que je suis il m’est impossible de cautionner cette monstruosité administrative, ce déferlement d’algues vertes prescriptives, ce gaspillage financier, je voterai contre ce SDAGE et vous demanderai de faire de même, le SDAGE 2016-2021 ainsi continuera de s’exercer et nous aurons 6 ans pour tout remettre à plat sans urgence.  

Je vous remercie de m’avoir écouté. 


mardi 28 décembre 2021

Limagrain et maintenant?

 


J’avais dit que je reviendrais sur les derniers évènements au sein de la gouvernance de Limagrain, le calme agricole entre Noël et l’an y est propice.

La presse locale a titré « une révolution de palais » j’aurais tendance à rectifier en « un arrangement de boutiquier ». Ce qui s’est passé n’est pas à la hauteur du 4e semencier mondial et on voit tout de suite les limites d’une gouvernance dont la base est une petite coopérative agricole du centre de la France. C’est d’ailleurs là le paradoxe, d’être capable de gérer une croissance de plus de 50 sociétés dans le monde, donc d’avoir une vision en altitude reposant sur quelques agriculteurs, dont pour certain la préoccupation se situe sur l’enjeu d’un big bag d’engrais.

Oui je sais, je ne vais pas faire plaisir à tout le monde encore une fois mais j’assume mon franc parler.

Cette superbe aventure qu’est Limagrain repose dans les faits sur quelques hommes qui se trouvent là au bon moment, au moment de choix importants parfois par chance, souvent par volonté de dépassement. Charles De Gaulle disait « l’action, ce sont les hommes au milieu de circonstances. »

Ce qui vient de se passer est la suite logique de la fusion entre Domagri et Limagrain en 2010 et qui trouve son aboutissement dans cette sans doute ultime étape.

Cette fusion a été une erreur, je l’ai assez dit à ce moment-là, car associant des agriculteurs qui pour la plupart n’avaient rien à voir ni du point de vue agricole, ni du point de vue de l’histoire syndicale et politique de l’agriculture locale.

L’assemblée générale qui a entériné cette fusion a permis à un adhérent de devenir administrateur puis vice-président alors qu’il était une heure avant un des instigateurs de l’opposition à cette fusion, il paye aujourd’hui ce retournement de veste aussi rapide que son éviction.    

Le résultat est qu’aujourd’hui les activités reprises à Domagri n’existent plus, hormis quelques silos, la partie élevage et approvisionnement ont été cédés à une structure privée et Limagrain qui a gardé le nom de l’ensemble est revenue à ce qu’elle faisait avant la fusion, les semences et les métiers des grains et de la collecte. Tout ceci s’est fait au prix de millions d’Euros gaspillés alors que bien d’autres solutions moins onéreuses étaient possibles.

C’est l’exemple même d’une vision à court terme et locale, de la part de dirigeants capables en même temps de rivaliser avec les n° 1 mondiaux de la semence.

Le choix de la vente ou du conseil imposé par la loi Egalim a été le détonateur final, le prétexte des court-termistes contre les visionnaires, la relativité en importance du big-bag d’engrais disponible à sa porte, contre l’enjeu d’une société de semence ailleurs dans le monde.

Des anciens administrateurs, pour la plupart de Domagri issus de la fusion, ne pouvaient pardonner de ne plus avoir ce big-bag d’engrais apporté par leur coopérative, alors même qu’ils ont été les fossoyeurs d’une structure qui aujourd’hui aurait permis de leur vendre. Sans la fusion nous aurions aujourd’hui la vente ET le conseil, 1+1 a toujours fait plus qu’1 tout seul, même plus gros.  

Certes cette décision du choix entre le conseil et la vente a été à mon avis prise un peu trop rapidement, il y avait un vide juridique dans la loi dans le cas précis de Limagrain qui permettait de négocier avec l’Etat voire de surseoir durant quelques temps.

Pour certains il devenait impensable de laisser vendre ce big-bag par des concurrents sur le terrain qui viendraient hors du département du Puy-de-Dôme.

 De la part d’une coopérative qui use de la concurrence pour vendre de la semence partout dans le monde je trouve cela assez schizophrène et l’hypocrise va même jusqu’à craindre une avancée territoriale d’une coopérative de l’Allier, alors qu’au moins un quart des adhérents de Limagrain s’approvisionnait déjà auprès de cette coopérative avant la loi Egalim et pour certains même par des groupements d’achat.

Le départ du directeur général il y a un an avait déjà été le fusible qu’avait été obligé de faire sauter le président pensant éteindre le feu, mais sans avoir mouillé les braises, se privant au passage d’une compétence remarquable, attaché à la cause coopérative.  

Bref par une campagne électorale bien orchestrée dans cette subtilité qu’est le fonctionnement de Limagrain par un scrutin censitaire à trois tours, il était difficile et quasiment invisible jusqu’au dernier moment de connaitre la volonté des instigateurs n’ayant fait aucune déclaration de leurs intentions à la différence en 2010 de deux camps qui s’affrontaient publiquement.

Tout s’est fait sans un mot, sans aucun reproche sur l’équipe en place, sans aucune contestation sur les choix du conseil d’administration, juste un règlement de compte entre quelques-uns prenant en otage l’ensemble des adhérents sans leur soumettre un quelconque choix.

C’est d’ailleurs ce qui me gêne le plus en tant qu’adhérent et je sais aussi d’un très grand nombre de mes collègues, que lors de mon vote personne ne m’ait proposé un choix, une alternative, des différences dans la gestion, mon vote a été utilisé sans mon avis puisqu’à ce moment aucune autre vision du conseil d’administration n’a été proposée. A ce jour une partie du conseil d’administration a été viré sans que personne ne nous ait expliqué pourquoi officiellement, cela me gêne beaucoup dans un système démocratique et d’un manque total de transparence qui est pourtant la base du fonctionnement de la coopérative. Il ne faudrait pas être surpris si dans quelques temps ceux qui ont agi de la sorte partent par la même voie, je doute d’un accord tacite majoritaire des adhérents à long terme, la voie est montrée pour que la démocratie s’exerce, même sans raison avouée.  

C’est donc l’arrangement de quelques-uns, actifs mais aussi retraités tirant de vielles ficelles, voyant d’un mauvais œil un président compétent mais ayant le défaut de ne pas être « du sud », ce territoire voulant compenser le manque de richesse de son sol par une main mise sur l'exécutif. 

Il faut savoir qu’à Limagrain, Ennezat c’est le grand nord, quant à Gannat ou St Pourçain c’est le pôle Nord, des gens infréquentables, sauf pour fournir des engrais ou des produits de défense des cultures à moindre coût.  

Un président a été choisi, sans doute parce qu’il est le dernier des dirigeants ayant plus de 10 ans d’ancienneté, c’est d’ailleurs le point faible des dirigeants à venir, de très nombreux jeunes au sein du conseil d’administration qui auront sans doute de l’expérience dans quelques années. Cela n’enlève en rien ses compétences et son expérience mais le voilà bien seul aujourd’hui alors qu'il espère ce moment depuis longtemps. 

Le renouvellement du conseil d’administration depuis quelques années a privilégié la jeunesse, c’est très bien mais c’est sans compter les accidents de parcours possibles et le temps nécessaire à s’y consacrer souvent difficilement compatible avec un début de carrière sur sa propre exploitation.

La gouvernance dans une coopérative agricole est un chemin de rencontre entre des dirigeants salariés formés de longues années dans de grandes écoles, avec des agriculteurs que seuls l’expérience, le temps à y consacrer et le bon sens compensent le plus souvent.

Je me pose la question de savoir si chez Michelin un tel phénomène aurait pu exister, si un président aurait pu être viré pour ne plus permettre que les pneus de sa voiture soient produits à Clermont-Ferrand.

Le nouveau président priorise les filières existantes et futures localement, je ne voudrais pas qu’il oublie non plus que l’an dernier les adhérents ont bénéficié d’un plutôt bon revenu, malgré le très mauvais résultat de la coopérative locale, grâce à l’apport conséquent de dividendes au niveau mondial, j’attends donc de voir la vraie différence de gouverner.

Si l’eau sera bien la clé de tout en Limagne, il reste encore quelques années avant que des solutions ne voient le jour s’appuyant par nécessité sur la taille mondiale du groupe.

A la veille d’une crise alimentaire mondiale, je ne voudrais pas que notre coopérative privilégie le repli sur soi et le manque d’ambition qui en fait sa force et son originalité car ce sont rarement les ambitions personnelles qui font les ambitions collectives.

Je me demande encore comment se serait passée la Réunion Générale d’Information, cette grande réunion de famille, que la COVID a opportunément annulé.  

jeudi 11 novembre 2021

Mon discours à l'occasion de la cérémonie du 11 novembre

 Il y a 103 ans en arrière, à 5h15 du matin, le représentant du gouvernement allemand appose sa signature au bas d’un document qui marquera le cours de l’Histoire. Après 4 ans cauchemardesques, les canons se taisent enfin. A 11 heures, le son des cloches résonne dans toutes les villes et les campagnes de France, laissant exploser de joie la population. Après quatre années d’un conflit aussi ravageur que meurtrier, c’est un trait à l’encre noire qui vient mettre fin à cette guerre, l’Armistice est signé. 

Pouvez-vous seulement imaginer le sentiment des soldats mobilisés, qui se battent depuis quatre longues années repoussant les limites humaines, sur terre, sur mer et dans les airs. Pouvez-vous imaginer l’espoir des familles au son retentissant des cloches, qui portent avec elles toute l’allégresse d’un peuple enfin libéré de l’angoisse de la mort ?

Le 11 novembre marque la fin d’un calvaire où une jeunesse a été lancée « dans cette aventure navrante qu’on a appelé la guerre » comme le résumait Jean Renoir, réalisateur de la Grande Illusion. Le 11 novembre signe avant tout, la Victoire de la Paix. 

Nous sommes réunis aujourd’hui autour du Monument aux Morts, non pas pour comprendre le pourquoi d’une telle boucherie mais parce que le monument aux morts de chaque commune française est là pour nous rappeler de tous ceux qui ne sont jamais revenus. 

Derrière chaque nom inscrit, il y a une vie humaine détruite, souvent jeune, une famille brisée, une partie de la France qui a disparu. Il nous appartient d'entretenir le souvenir de toutes ces victimes et nous savons pertinemment que ne suffisent pas pour cela, les très longues listes de noms gravés dans le marbre.

Il nous appartient d'aller plus loin, en associant au souvenir des victimes, la connaissance des causes, et des conséquences de ce conflit. C'est un devoir pour notre mémoire collective et donc pour l'avenir de nos enfants que de se montrer dignes de leur souvenir. 

La révision de l’organisation des cérémonies que j’ai souhaité à partir d’aujourd’hui, pour l’ensemble des grandes commémorations va dans ce sens. Cette configuration respecte au plus près le protocole officiel afin d’une part, mettre à l’honneur les vivants, dont les médaillés militaires que je tiens à saluer, et d’autre part, rendre hommage à la mémoire des victimes, avec le respect qui leur est dû. 

Winston Churchill disait : « un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre », par ces mots il souligne tout le sens de notre présence ici, afin de se remémorer des événements marquants. C’est aussi et surtout, l'occasion de songer à notre futur, à la manière de l’envisager avec sérénité, dans la paix. 

Celle-ci ne se décrète pas, elle se construit. C’est donc le vœu que j’exprime devant vous, que nous puissions à tout jamais nous réunir, comme nous le faisons aujourd'hui, pour continuer à construire et célébrer cette vraie victoire qu’est la paix. 

Parce qu’elle ne dépend finalement que de nous, il convient d’enseigner aux jeunes générations que la paix régresse quand se renforce la haine de l’autre, qu’elle s’affaiblit d’une compétition absurde entre les peuples et, pire encore, qu’elle disparaît quand la soif de vivre ensemble et de construire un monde de fraternité et de progrès s’amenuise.

Rappelons ensemble, toujours, face à celles et ceux qui appuient leurs discours et leurs actes sur les relents de la haine de l’autre, de terreur et de la Guerre, que la France est notre berceau républicain. 

Vive la Paix, Vive la République, Vive la France !

lundi 27 septembre 2021

Honneur aux 138 Bourbonnais morts en Afrique du Nord

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Préfet,

Mesdames et messieurs les parlementaires

Officiers, Sous-Officiers, Hommes du rang

Mesdames et messieurs les élus et vous toutes et tous familles ou amis par devoir ou par sympathie du monde des anciens combattants. 

Alors que nous retrouvons un semblant de vie normale c’est pour honorer ceux qui l’ont perdu que nous sommes ici aujourd’hui.

Ces Bourbonnais nous ne les oublions pas et même l’an dernier peu nombreux nous ne les avons pas oubliés.

Partout dans notre département ils restent présents dans notre mémoire, mais à St Pourçain plus qu’ailleurs au cœur de notre ville matérialisé par ce monument et pour de longues années.

Aux 138 tombés au champ d’honneur, à leurs camarades ici présents, à leurs familles, à ceux qui n’ont pu nous rejoindre aujourd’hui, à ceux revenus mais que l’âge ou la maladie nous ont enlevé, j’exprime une fois encore ma reconnaissance, celle des St Pourcinois pour avoir été défendre sur une partie du sol français le maintien de notre république selon les lois de notre pays.

Ma génération qui n’a pas connu de guerre sur notre sol n’a pas à juger des décisions prises au cours de ces années de conflit et je laisse aux historiens le soin d’établir la vérité ou les vérités puisque nous voyons bien qu’il existe plusieurs interprétations des actions et des dates de cette époque.

Mais le devoir de mémoire n’est pas aidé lorsque les hommes qui se succèdent au pouvoir suprême de notre république, se mêlent de l’histoire par des décisions successives d’honorer les combattants à des dates différentes ou plus récemment de s’excuser envers les adversaires d’alors et en même temps de rendre hommage à ceux d’entre eux qui ont fait le choix de la France plutôt que de leur sol natal.

Je veux espérer pour ceux encore plus jeunes que moi et ceux qui viendront après, que les messages en faveur du souvenir, soient clairs pour être compréhensibles et dénués de toute interprétation partisane.

Car du passé nous avons besoin de son enseignement, afin d’éviter de répéter les mêmes erreurs, celles de se diviser et se battre, la tentation et les prétextes sont si forts et de plus en plus prégnants pour qu’au dialogue se substitue la violence, qu’à la paix se substitue la guerre.

Les extrêmes qui s’opposent dans leurs discours, finissent toujours par se retrouver dans les actes mettant en danger les démocraties, utilisant même contre elles les armes sensées les protéger.

Nous sommes heureux et fiers de nous retrouver ici chaque année et de ce marbre couché dont on couvre les corps après la mort, vous en avez fait un monument debout et vivant pour qu’il transmette votre mémoire à travers les générations.

Cette année la joie de nous retrouver ici ne sera pas complète, pour nous protéger, pour vous protéger l’amitié ne trinquera pas, acceptez que mes mots portent à chacun d’entre vous la force de la fraternité et se substitue par défaut, à ce vin d’honneur que nous aimons tous.

Je vous remercie.